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La colère, une émotion injustement condamnée

Dans notre société nous avons tendance à percevoir la colère comme une émotion foncièrement négative, qui mène fatalement à la violence. C'est un raccourci un peu réducteur. En réalité la colère a une réelle utilité, comme chacune de nos émotions.



A quoi sert la colère ?


Elle est un message de notre cerveau pour nous signaler que quelque chose ne nous convient pas, que nous percevons une injustice, un abus, un manque de respect. L'énergie puissante de la colère a pour fonction de nous aider à dépasser nos peurs pour exprimer notre désaccord, pour poser nos limites, pour revendiquer le droit au respect, réclamer des excuses ou poser des actes courageux en vue de rétablir la justice d'une manière ou d'une autre.


Comment empêcher que la colère devienne violence ?


La colère ne mène à la violence physique  et verbale que lorsqu'elle échoue à être exprimée de manière adaptée. C'est pour cette raison qu'il est important d'apprendre à exprimer ses besoins et opinions d'une façon claire et posée, pour être sûr d'être entendu et pour éviter le basculement vers la violence.


Pour cela, il peut être utile en premier lieu de prendre un temps de recul pour décharger sa colère lorsqu'elle menace de déborder. Cela peut se faire par exemple en se défoulant sur un objet (taper dans un coussin pour éviter de se blesser), en pratiquant un effort physique intense, en s'isolant pour crier sa rage et expulser les injures qui nous trottent dans la tête, en écoutant des musiques énervées à haut volume pour expulser son excès de fureur...


Une fois que le niveau émotionnel est redescendu, que l'on ne se sent plus furieux mais juste en colère, il est alors possible d'entreprendre une explication posée avec la personne qui a suscité cet état en nous. Montrer par son attitude et dire "je suis en colère" n'est pas un problème. Cela sert au contraire la discussion et permet d'appuyer les demandes de changement auprès de son interlocuteur.


Quand face à certaines situations on se trouve impuissant à obtenir réparation d'une injustice, il faut parfois se rendre à l'évidence, se faire une raison et lâcher prise. La colère n'a plus d'utilité et peut devenir une source de souffrance encombrante. Elle peut alors être sublimée sous la forme d'une création artistique, d'un exploit sportif ou d'un dépassement de soi dans n'importe quel domaine de la vie. En plus de transformer l'émotion, la sublimation apporte une profonde satisfaction qui permet de soulager le sentiment d'impuissance.


Quels sont les rapports problématiques à la colère ?


Nous avons tous, par notre éducation, nos habitudes et notre tempérament, un rapport différent à la colère.


Certains ne s'autorisent pas à la ressentir, parce qu'ils l'ont intégrée inconsciemment comme une émotion interdite. Par conséquent ils ne sont jamais en colère, mais à la place ils vont ressentir autre chose : tristesse, fatigue inexplicable, pouvant aller jusqu'à des symptômes ou maladies psychosomatiques plus ou moins graves. Cela s'appelle un "racket" émotionnel. Dans ce cas, il est souhaitable de reconnaître l'existence de la colère refoulée pour s'en libérer.


Certaines personnes au contraire sont promptes à l'agressivité et à la violence. Elles ont pris l'habitude de ce type de réactions. Cela devient un mécanisme automatique. La moindre contrariété débouche systématiquement sur une forme d'agression verbale ou physique. Dans ce cas, un gros travail de rééducation émotionnelle doit être entrepris. Il s'agira d'apprendre à  reconnaître ses émotions, à défouler sa colère par des moyens non violents et à verbaliser ses besoins sans agresser ni culpabiliser son interlocuteur.


D'autres accumulent les motifs d'insatisfaction sans réagir, ils laisser monter la pression façon cocotte minute, jusqu'au point de rupture où ils explosent pour une broutille. Ceux-là devraient apprendre à exprimer leurs petits et grands désaccords au jour le jour.


Certains vont déplacer leur colère sur une personne ou une situation qui n'a rien à voir avec la source première de leur sentiment d'injustice, par exemple s'énerver sur leurs enfants pour une bricole alors qu'ils n'ont pas pu exprimer leurs griefs à leur patron sur un sujet beaucoup plus grave.


D'autres vont retourner toute leur colère contre eux-mêmes, se culpabiliser, se flageller, s'autocritiquer, se faire du mal.


A l'inverse, certains vont projeter sur autrui la colère qu'ils ressentent envers eux-mêmes.


Il se peut aussi qu'on reste prisonnier d'une colère permanente suite à un événement mal digéré.


Que faire dans ces cas-là ?


Si vous vous reconnaissez dans l'un de ces différents profils, ou si d'une autre manière vous vivez mal votre colère, n'hésitez pas à vous faire accompagner d'un professionnel pour développer un rapport plus sain à cette émotion.


Dans tous ces cas de figure, une introspection est nécessaire pour identifier la source réelle de la colère qui vous perturbe. A l'issue de cette investigation, vous serez en mesure de voir clairement s'il est utile ou non d'exprimer vos griefs et à qui vous devez les adresser, ou si vous devez agir d'une quelconque manière pour réparer ou atténuer les injustices qui vous dérangent, ou si, selon la situation, vous devez pour vous sentir mieux passer à l'étape d'après : le pardon.


Et quoi qu'il arrive, n'oubliez pas que la colère est la sirène d'alarme, pas l'incendie !


Juliette CHALARD-DESCHAMPS






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