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Le racket émotionnel : tromperie sur le ressenti

Le psychiatre américain Eric Berne, père de l'analyse transactionnelle, a identifié dans les années 60 une tendance très courante que nous avons à ressentir une émotion à la place d'une autre. C'est ce qu'il a appelé le racket émotionnel. Voyons de quoi il s'agit.



D'où ça vient ?


Au cours de notre enfance, nous nous forgeons un ensemble de règles et de croyances sur ce qui est autorisé ou interdit au point de vue émotionnel. Cela se met en place au gré de notre éducation, selon ce qui nous est dit ou passé sous silence et en imitation ou opposition au comportement des adultes que nous prenons comme modèles.


Ainsi, dans certaines familles la colère est bannie, considérée comme dangereuse, ou elle est réservée à certaines personnes. Dans d'autres familles, c'est la tristesse qui est considérée comme intolérable ou méprisable. Elle peut être perçue comme un signe de faiblesse ou comme une maladie contagieuse. On culpabilise l'enfant qui pleure par exemple, en disant qu'il fait de la peine à ses parents, ou on se moque de lui, ou on dit au petit garçon que ce sont les filles qui pleurent. Dans tous les cas, l'inconscient de l'enfant enregistre cette interdiction comme une information de première importance. Ainsi, devenu adulte, il continuera à s'y plier en évitant scrupuleusement cette émotion.


Comment ça marche ?


A la place de l'émotion interdite, l'inconscient va convoquer une autre émotion, autorisée selon le code de conduite familial. Souvent, selon les interdictions et les permissions, la tristesse sera remplacée par de la colère (ou de la fatigue), la colère par de la tristesse ou de la peur, la peur par de la colère ou de la tristesse. Dans certaines familles touchées par des drames, la joie peut être une émotion interdite. Elle est remplacée par exemple par de la honte, de l'amertume, du mépris.


La personne qui vit le racket n'en a absolument pas conscience. Par exemple elle croit réellement être très en colère contre son enfant alors qu'en réalité elle a peur pour lui. Ou bien elle va sombrer dans une tristesse profonde au lieu de s'autoriser à ressentir de la colère contre celui qui l'a trahie.


En quoi est-ce un problème ?


C'est un problème dans la mesure où les émotions sont des informations précieuses pour adapter nos comportements et répondre correctement à nos besoins. Si nous sommes tristes au lieu d'être en colère, nous ne pourrons pas tenter de rétablir la justice. Si nous nous mettons en colère au lieu de ressentir notre peur, nous ne communiquons pas le bon message à notre enfant. Il croit que nous ne l'aimons pas alors que c'est le contraire. Si nous avons honte ou ressentons du mépris au lieu nous autoriser à vivre la joie, nous fermons la porte au bonheur.


Alors que faire ?


Le premier pas concernant le racket émotionnel est la prise de conscience, qui peut être favorisée par un travail avec un thérapeute. Ensuite, lorsque l'on a identifié son type de racket, on peut y prêter attention lorsqu'il s'active et apprendre à reconnaître la vraie émotion qui se cache derrière. Et enfin, sachant écouter son émotion, on apprend à l'accepter et à y répondre par des actes appropriés.


Juliette Chalard-Deschamps, psychopraticienne

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